Le Quotidien
09.03.2017
Chiens guides daveugles : les yeux de leur maître
Dans notre paysseule une dizaine de malvoyants ont un chien à leurs côtés. LASBL Chiens guides daveugles au Luxembourg propose pourtant daiguiller les prétendants.
Ce sont les toutous les plus adorables du mondeles plus fidèles aussi. (photo ASBL Chiens guides d'aveugles Luxembourg)
Ce sont les toutous les plus adorables du mondeles plus fidèles aussi. Derrière leur gueule dange (des labradors blancs ou chocolatdes bergers couleur de feu ) se cachent de véritables bêtes délite. Les chiens daveugles luxembourgeois bénéficient de lune des meilleures formations européennesà savoir celle de nos voisins français. «La demande est trop faible chez nous pour lancer une filièreprécise Roland Welterle président de lassociation Chiens guides daveugles au Luxembourg. Après comparaison des systèmes allemandbelge et françaisil ny a pas eu photo : les Français sont les seuls à posséder une école déducateurainsi quun élevage dédié.» Encore faut-il que quelquun fasse le lien entre la France et le Grand-Duché. Cest là tout le rôle de lASBLnée en 2001à la suite des péripéties rencontrées par Roland Welter lui-même.
«Je perdais progressivement lusage de ma vue (NDLR : il ne voit plus que dans un angle de cinq degrés). Aujourdhuinous travaillons avec le centre de Woippy. Mais à lépoquejavais dû aller jusquà Limoges !» Il a fallu organiser une juste répartition des coûts avec la France aussi. «La Fédération française remet les animaux gratuitementexplique Roland. Ils partent du principe que cest du service publicalors que la formation dun chien coûte 35 000 euros. Si tous les Luxembourgeois sétaient mis à faire comme moiça naurait pas été moral »
LASBLqui tient sa 16e assemblée générale ce jeudia permis des avancées considérables : lassurance dépendance cofinance désormais la formation des chiens avec la France. Et depuis 2008le Luxembourg sest doté dune législation performante en matière de non-discrimination des aveugles avec chien. «Cest lamende de 250 euros directement en cas de refus daccès au lieu de vie public. Cest contraignantdonc ça marche.» Les problèmes viennent en amontdans le domaine de la construction : trop dinfrastructures publiquessous prétexte de respecter les normes daccès aux handicapésont été faites nimporte comment. «Des passages pour piétons où les lignes de guidage pour cannes sont faussées. Ou encoredes passages trop étroits sur les trottoirs Et aprèsles gens disent : Les aveugles ne les utilisent jamais !»
Accepter de montrer son handicap
Un chiffre interroge tout de même : seule une dizaine de malvoyants bénéficient dun chien au Grand-Duché. «Les parcours sont mal connusglisse Roland. Nous jouons donc le rôle de facilitateur.» Car on nobtient pas un chien daveugle en claquant des doigts. «Il faut dabord prouver que lon est autonome avec une canneexplique Roland. Le chien nest que létape daprès. Les centres de formation ne donnent pas de chien à quelquun qui ne sait pas se repérer dans la rue.» La canne est un apprentissage laborieuxqui demande un travail de mémoire conséquent. «Surtoutcest létape où lon affiche son handicap. Même de nos joursla pression sociale reste énorme : chacun veut montrer sa force. Nousles aveuglesdentrée de jeu avec la cannenous montrons notre point faible.»
Une fois cette autonomie apprise (un réseau de formateurs existe au Luxembourg)le candidat peut déposer un dossier pour avoir un chien. Il faut compter au moins un an. «Cest la grande liberté après !»sourit Roland. Fini de tâtonner dans la ruede faire toujours le tour du même quartier. «Une complicité énorme se crée avec le chien
il sécurise tous les déplacements. On peut bougercest laventure !» On touche là au cur du handicap : le risque de rester chez soide se renfermer dans ses difficultés et de sexclure définitivement de la société.
Aussi étonnant que cela puisse paraîtrela mission de lASBL est donc dabord de convaincre les malvoyants doser prendre une canne. Sans cette compétenceaucune chance davoir un chien daveugle un jour. Et donc de retrouver une liberté tant espérée.
Hubert Gamelon